Sur le thème de l’empreinte écologique

Allocution donnée à St-MATHIEU le 20 mai 2017

Sur le thème de l’empreinte écologique

Introduction

Alors que j’étais à la maîtrise en biophysique, je lisais dans un document administratif présentant la discipline de la biophysique que celle-ci s’occupait de thématiques aussi importantes que celle de la survie de l’espèce humaine. Je me suis demandé qui avait écrit ce texte et s’il avait été écrit véritablement par un biophysicien car je trouvais cela fort de café comme on dit aujourd’hui. Quelques décennies plus tard, je me rends compte que ce n’était pas si exagéré que cela car l’étude de la biosphère, par des outils mathématiques, par la connaissance de la biologie, de la physique et de la chimie, peut en effet révéler des constats très éclairants sur notre propre survie. Plusieurs biophysiciens et énergéticiens se sont en effet préoccupés par la loi des rendements décroissants et préoccupés aussi par les cycles biogéochimiques qui permettent et limitent notre biosphère.

Quelques notions et définitions

Je ne ferai pas ici l’historique de la notion d’empreinte écologique ni de l’apport important de penseurs tels Georgescu-Roegen, Odum et autres et j’irai directement à l’année 1996. En 1996, paraissait un livre écrit par deux britanno-colombiens, WACKERNAGEL ET REES, intitulé « Our Ecological Footprint » qui fut traduit en 1999 sous le titre « Notre empreinte écologique ». C’est donc à la fin des années 90 que le concept d’empreinte écologique fut connu un peu partout sur la planète car le même Wackernagel eut la bonne idée de fonder un organisme international nommé « Global Footprint Network » qui évalue l’empreinte écologique des pays du monde et qui est toujours actif aujourd,hui.

On retrouve beaucoup de définitions d’empreinte écologique mais j’aime bien celle de Rees car elle est très précise : « surface correspondante de la terre productive et des écosystèmes aquatiques nécessaires à produire les ressources utilisées et à assimiler les déchets produits par une population définie à un niveau de vie matériel spécifié, là où cette terre se trouve sur la planète ».

Heureusement, il y en a des plus simples, ici celle de Wakernagel : « superficie du sol et d’étendue d’eau requise pour soutenir indéfiniment une populatio humaine donnée, à un niveau de vie donné, pendant un temps illimité. »

Ouais, me direz-vous, en clair, ça correspond à quoi?

Je vais vous donnez deux exemples, le Canada et les États-Unis.

Pour le Canada, nous avons , sur nos 10 millions de km2, 5,7 qui nous offrent des services écologiques. si on regarde, ce que nous consommons et produisons, on a besoin, de 3,1 millions de km2. Deux remarques ici : on a plus de surface disponible que nos besoins, d’un facteur deux environ. mais si notre population était de 70 millions avec le meme territoire et le meme niveau de vie, nous serions en déficit écologique. c’est d’ailleurs le lot de 70% des pays sur la planète.

Regardons les États-Unis, nous avons une superficie d’un peu moins de 10 millions de km2 – vive l’Alaska! – et leur surface productive est de … 12 millions de km2! Comment est-ce possible? Parce que dans leurs calculs, l’organisme corrige pour la productivité des sols et il s’avère que les sols américains sont plus productifs que la moyenne mondiale. Bonne nouvelle de ce côté mais regardons maintenant l’empreinte écologique de notre voisin du sud? Quelle est l’empreinte écologique des États-Unis, en kilomètres carrés?… plus de 27 millions ! soit plus de deux fois ce que leur territoire peut leur fournir.  À cause de quoi? à cause de leurs déchets de carbone (centrales au charbon, au gaz, voitures à essence) qui nécessiteraient à eux seuls, 19 millions de km2 soit 70% de leur empreinte totale.

L’empreinte relative du carbone au Canada par rapport à l’empreinte écologique totale est de 60% et correspond au pourcentage planétaire de l’empreinte carbone. On peut donc comprendre où se situe le principal problème sur la planète, ce sont nos émissions de méthane et de co2. D’ailleurs, c’est depuis 1965 que des scientifiques alertent les présidents et les premiers ministres sur cet enjeu. un demi-siècle…

Si on fait l’exercice de l’empreinte écologique sur la planète entière on arrive au constat suivant : l’empreinte totale des humains sur terre excède de 75% la biocapacité de la planète, d’où la formulation que l’on entend souvent : il faudrait 1 planète et ¾ pour vivre comme nous le faisons en 2017. Permettez-moi deux remarques ici, non trois : premièrement, c’est à partir de 1971 que notre empreinte écologique pèse trop lourd et la situation empire d’année en année car notre population augmente et le niveau de vie moyen augmente aussi, engendrant évidemment une plus grande consommation des ressources et une plus grande production de déchêts. Et ce n’est pas tout, notre planète rapetisse en quelque sorte car la productivité des océans et de nombreux sols diminue mais aussi… et notre utilisation des sols fait en sorte, urbanisation aidant, que nous avons moins de support de la part des écosystèmes. Heureusement, on a aussi des gains via le réchauffement climatique, quelques avancées technologiques mais grosso modo, on a beaucoup plus de déchêts pour une surface utile qui stagne : on voit donc clairement, globalement, en tant qu’espèce, que nous vivons au-dessus de nos moyens et qu’il nous faudra payer la note un jour.

Deuxièmement, il faut se rendre compte que certains sont plus égaux que d’autres. Ici au Canada, nous vivons avec une empreinte de 9 hectares par personne. Si les 7,5 milliards de personnes sur la terre vivaient comme nous, il faudrait 7,5 x 9 soit 68 milliards d’hectares. Quelle est la biocapacité de la planète en 2017 : au mieux 12,5 milliards d’hectares. conclusion : un Canadien moyen vit comme s’il y avait 5 planètes et demie. Oups!  

Troisièmement, je voulais vous dire, au cas où vous en doutez, que nous n’avons et n’aurons qu’une seule planète.

J’aimerais parler d’un autre concept intéressant, celui du jour de dépassement écologique. En 2016, ce jour tombait un 8 août. En fait, il s’agit ici du même quotient entre notre empreinte et la biocapacité. Ici, on fait une expérience de pensée et l’on se demande, sur une année de 365 jours, à quel jour faudrait-il stopper nos activités pour laisser le temps à la biosphère de se regénérer. Le 8 août est le 217e jour de l’année 2016 et les 148 jours restants correspondent à 70% du temps entre le 1 janvier et le 8 août. Si l’on prend le ¾ de planète supplémentaire, ou un ¾ d’année, le jour du dépassement tomberait le 209e jour de l’année ou le 28 juillet. Et tant que nous continuons dans un scénario du laisser-faire cette date reculera dans le calendrier.

Bon, je voudrais maintenant vous indiquer, que la notion d’empreinte écologique peut être appliquée à une ville, à une municipalité, à un individu, à un produit aussi. il existe plusieurs calculateurs en ligne pour calculer notre empreinte individuelle. Soulignons qu’il existe aussi des « sous-empreintes écologiques », comme l’empreinte carbone, l’empreinte azote, l’empreinte phosphore et l’empreinte eau, selon les impacts de nos activités sur ces ressources particulières.

EN PRATIQUE

Bon, que faire pour diminuer notre empreinte me demanderez-vous. Quitte à être un peu provocateur, je vous dirai qu’il vous faut… perdre votre emploi car ainsi vous aurez moins de revenus et donc moins de dépenses potentielles. Si vous êtes un adepte de la simplicité volontaire, vous avez bien compris le concept d’empreinte écologique. C’est en vivant le plus simplement possible que l’on pige le moins dans le capital planétaire. Oui, mais, il faut vivre avec son temps, je vous entends me dire. Et bien, oui et non. oui, car il vaut mieux utiliser certaines technologies plutôt que d’autres mais comme il est difficile de faire le juste bilan : del ou ampoule au tungstène? del ou chandelle? ce n’est pas simple de choisir. Il y a tout de même des évidences qui nous frappent en plein front, comme la nécessité de réduire notre consommation et de refuser ce qui impliquerait de grands investissements en matière comme des cimenteries par exemple. Autre évidence, côté transport, une voiture à essence ou une voiture électrique? Je vous dirais, pas de voiture mais la bicyclette, mais s’il on est accroc à la voiture, prendre une voiture électrique car l’efficacité du moteur électrique est bien meilleure et aussi parce que nous avons au Québec une électricité decarbonisée et nous pouvons donc faire plusieurs kilomètres avec une faible empreinte carbone. Des voyages en avion? un seul par décennie car sinon, nous serions trop égaux pour paraphraser George Orwell dans «La ferme des animaux». On ne peut avec un seul voyage outre-atlantique prendre le budget carbone annuel de plusieurs personnes vivant en Haiti ou en Inde. il y a là un problème moral en quelque sorte.

LE FIN MOT

Paix et tranquillité. truites et bleuets. Un bon livre de philosophie et une bonne dose de sagesse.

Je vous remercie.

 

Marc Brullemans

Coordonnateur interrégional région-Nord du RVHQ

Membre du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste

 

Références :

 

http://www.footprintnetwork.org/content/documents/ecological_footprint_nations/biocapacity.html

http://www.overshootday.org/

http://www.calculateurcarbone.org/

https://www.notre-planete.info/actualites/4612-compensation-carbone-fausse-solution-changement-climatique

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