La problématique des puits abandonnés au Québec et ailleurs

LA PROBLÉMATIQUE DES PUITS ABANDONNÉS AU QUÉBEC ET AILLEURS

Par Marc Brullemans

La situation des puits abandonnés en Alberta cause de multiples soucis au gouvernement et aux propriétaires. Plus le temps passe et plus le problème prend de l’ampleur1 car le problème des puits abandonnés est de nature cumulative. Dans un reportage récent de la CBC2, il fut mentionné que « dans les derniers 12 mois seulement, 540 puits ont été abandonnés, presque autant que ceux qui ont été colmatés pendant les 21 dernières années ». Mais il s’agit ici que de la pointe de l’iceberg car la liste des puits abandonnés en Alberta dépasse les 80 000 dont plus de 33 000 seraient non-conformes (lire ayant des fuites)3. Utilisant les statistiques de l’Alberta Energy Regulator, trois journalistes ont calculé que la longueur de l’ensemble des puits non-conformes représentait plus de 2500 fois l’Everest4! Le coût des réparations est estimé pour les cinq prochaines années à 320 millions de dollars5, soit environ 10 000$ par puits mais d’autres estiment plus raisonnable une valeur de 27 000$ par puits6. Dans un rapport paru en 20147, il est mentionné que la réparation d’un puits ayant une fuite majeure peut être de 150 000$ à 8 000 000$.

La situation en Colombie-Britannique n’est pas plus rose. Le 15 février 2016 paraissait un article dans le National Observer8 faisant état de 10 000 puits abandonnés en Colombie-Britannique et la très grande majorité des sites ressemblent, dit-on, à des sites fantômes. En Angleterre, une étude sur un petit nombre de puits a montré que 30% des puits abandonnés laissait échapper du méthane9.

Le problème du vieillissement et de l’entretien des puits de gaz est un problème à la fois économique et environnemental : économique car les réparations doivent s’effectuer jusqu’à la fin des temps et qu’il faut donc constituer des réserves financières importantes; environnemental car chaque puits ayant été fracturé libèrera à terme, en supposant un taux d’extraction de 25%, trois fois plus de méthane dans l’atmosphère que la quantité qui en aura été extraite pendant son utilisation, si bien sûr on ne parvient pas à les colmater.

Mais comme le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus fort que le produit de combustion du gaz naturel, le CO2, on peut estimer les émissions de GES post-fermeture, en équivalents CO2, à plus de quarante fois celles causées par la combustion du gaz commercialisé à partir de ce même puits. Prenons un puits produisant 50 millions de m3 de gaz pendant sa vie active, si l’on rapporte ses émissions post-fermeture de 150 millions de m3 sur 10 000 ans, nous obtenons 15 000 m3 de gaz libéré par année ou 10 tonnes environ.

Une étude récente sur les puits de gaz en Colombie-Britannique a montré que les puits émettaient en moyenne 7 tonnes de méthane par an10 ou 30 mètres cubes de méthane par jour. Il ne s’agissait pas que de puits inactifs mais comme l’affirment les auteurs, la valeur de 7 tonnes par puits est certainement sous-estimée au vu de la méthodologie utilisée11.

À la lumière de nombreuses autres études, on pourrait estimer qu’en moyenne un puits en activité libérerait, dans une analyse complète de cycle de vie, 30 tonnes de méthane par année. Une fois fermé, la valeur pourrait n’être que de 3 tonnes mais ici il faut bien comprendre que nous ayons une grande hétérogénéité dans la valeur de ces fuites. Mais indépendamment de la valeur des émissions fugitives que l’on pourrait associer aux puits abandonnés, il semble illusoire que nous réussirons, tout le temps, à colmater efficacement les millions de puits que nous avons foré jusqu’ici.

 

1 Le lecteur pourra visionner ce reportage de 26 minutes de la télé albertaine : http://globalnews.ca/news/2301676/when-the-oil-stops-16×9-takes-a-closer-look-at-old-wells-in-canada/ ou encore ce rapport de Barry Robinson (2014), avocat chez EcoJustice. http://www.ecojustice.ca/wp-content/uploads/2014/12/IWCP-Paper-FINAL-20-Nov-2014.pdf

7 Dusseault, Jackson, McDonald (2015). Towards a Road Map for Mitigating the Rates and Occurrences of Long-Term Wellbore Leakage. http://geofirma.com/wp-content/uploads/2015/05/lwp-final-report_compressed.pdf

10 Une vache laitière émet par année environ 125 kg de méthane ou 0,125 tonne, beaucoup moins qu’un puits…

11 Pour un article citant cette étude et y donnant accès : https://thetyee.ca/News/2017/04/27/Canada-Methane-Leakage-Under-Reported/

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